Quelques pages de bande dessinée de temps en temps.

Une critique essayant d'être intéressante à cette occasion.

Un aspect particulier de la bande dessinée à chaque critique.


vendredi 10 janvier 2014

La bande dessinée n'est pas noble.

Gotlib et Mandryka nous montrent rapidos que, bon, ça va, tu nous saoules avec tes vieux philosophes à la noix, pète un coup, merde.



Gotlib & Mandryka, Clopinettes, Dargaud.

Tout part de cette intervention d'Alain Chabat dans le documentaire René Goscinny : profession humoriste, intervention que j'ai toujours trouvée d'une pénétrance toute aiguë.

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Comme quoi, quand on est intelligent, c'est pour la vie aussi.

(Vous avez remarqué ? J'en profite pour encore une fois caser du Goscinny.) 

(Chacun sa marotte, laissez-moi, ne me jugez pas, détournez votre regard !)

(J'adore tellement ce documentaire que je voulais le mettre en entier, et puis quelqu'un a murmuré « droits d'auteurs », et j'ai demandé ce que c'était, et on m'a expliqué, et j'ai trouvé le concept assez intéressant bien qu'un peu farfelu.) (Des droits d'auteurs en bande dessinée ! N'importe quoi !)

(René ! Fais moi des bébés !)

BON. MAIS SINON ?

Aujourd'hui, je vous préviens, c'est un peu le post de la honte, il y aura zéro analyse de bande dessinée. Ce sera purement illustratif. Voilà. Désolé. Et vous, ça va ?

NAN MAIS D'ACCORD, MAIS SINON ?

Mes billets étant un chouille sérieux et chiants comme la mort ces temps-ci, je me suis dit qu'il fallait quand même que je précise que, aussi étrange que cela puisse paraître en me lisant, l'important, c'est le fun !


EH OUI !

On n'est pas obligé de souffrir et de serrer des mâchoires pour créer quelque chose de plus que valable.


EH NON !

Et l’élan créé par le fun d'une situation développée sur une, deux, ou 256 pages peut suffire à faire plonger l'auteur et le lecteur dans un livre.


EH OUI !

Puisque le sujet, on l'envoie se faire voir ailleurs avec toute sa petite famille (tonton « parler de la mort de mon chat était une nécessité » et mamie « le propos de cet album justifie complètement son achat à 30 euros,  même si c'est dessiné avec les pieds d'un lépreux et dialogué par un présentateur de journal télévisé »)...

Puisque, de toute manière, le fond d'une œuvre, sa particularité, sa légitimité, ne vient que de son (ses) auteur(s) même(s) et de leurs manières de voir les choses...

Puisque rien, dans le choix du sujet, ne changera la qualité du traitement de ce sujet.

Puisque l'important n'est pas l'archer, l'important n'est pas l'arc, l'important n'est ni la cible, ni la flèche.

Puisque l'important, c'est la trajectoire...



Dupuy & Berberian, Journal d'un album, L'association.

(en l’occurrence, ici, il s'agit d'une page dessinée par Charles Berberian.)

BREF, PUISQU'ON S'EN TAPE ET QU'ON EST DES REBELLES !



Les auteurs peuvent se permettre qu'il y ait « du gratuit. Des fois du vraiment lourd. Je trouve ça très très bien d'aller dans le pas noble. Justement, c'est pas que noble. C'est des fois vraiment vraiment vraiment bête, mais très très bête, très très long pour arriver à un truc très crétin, avec beaucoup de fatigue pour y arriver. »

PARCE QUE TOUT EST DANS LA FATIGUE POUR Y ARRIVER.

Peu importe le moyen, il faut l'envie. La gnaque. Le truc. Le muche. Vous voyez, quoi. C'est ce qui fait la différence entre un travail « de commande » (il n'y a rien de mal à faire une commande, mais, par contre, si c'est la seule motivation, c'est un peu faiblou) et un travail passionné et impliquant dans lequel, sans même le vouloir, la manière que les auteurs ont de voir les choses va perler dans la bande dessinée elle-même. Et la justifier. Et construire le livre.


Alors, si faire un truc léger-ha-beurk-je-suis-un-stoïcien, ça le défrise, eh bin l'auteur a qu'à faire un truc tout compliqué dans lequel il se sentira lutter contre le langage, la narration, le dessin, pour pouvoir au final plonger dans l'inconnu et trouver du nouveau et se sentir exister, tel un albatros ayant déployé ses ailes après avoir péniblement trébuché au sol. (Deux références à Baudelaire dans la même phrase, dites donc, on se fout pas de votre gueule ici. J'espère que vous êtes content du voyage.)


MAIS !

Si faire un truc super prise de tête, ça le défrise, eh bin l'auteur a qu'à faire un truc tout léger. Parce que l'important là-dedans, c'est qu'il s’ébatte dans son sujet avec la joie d'un petit lapereau fragile dans un champ de carottes au sucre.


Puisque (à mon humble avis, ce n'est que mon opinion, gnagnagna), le plus important, c'est le style, les auteurs, alors il faut que ces auteurs se sentent libres dans leurs propres bandes dessinées pour pouvoir s'y épanouir et y laisser, sans y penser, leurs marques.

Si « s'y épanouir » passe par la grosse déprime qui tache, tant mieux.

Si « s'y épanouir » passe par la grosse blague potache, tant mieux aussi.

Ce qui compte, c'est de ne pas rester dans son carcan et de faire son truc à sa sauce.


C'est ce qui fait la différence entre un gag « Les blondes » (« je vais chercher de mauvaises blagues misogynes sur internet et je les refous directos dans un bouquin ») et un gag de Gotlib et Mandryka (« je cherche le jeu de mots le plus pourri possible, je me débrouille pour que le développement de mon gag s'allonge sur deux pages, j'en profite pour faire transparaître mon époque tout en soignant le découpage, le rythme et le dessin, et finalement je fais parfaitement correspondre le fond (la liberté) et la forme de ma bande dessinée »).


EN FAISANT LE GOND.

On en arrive à développer le même cercle vertueux que celui du romantisme...

Dans le romantisme, tout est digne d'intérêt. Donc on fait attention au moindre détail, au moindre gond de porte, au moindre ver de terre, puisque chaque ver de terre est digne d'une étoile. (Et là, je cite du Victor Hugo, non mais, vraiment, qui a dit que wikipédia ne servait à rien ?)


Dans la même optique, si l'auteur est impliqué dans son travail, naturellement, tout les aspects de ce travail lui paraîtront intéressant, important. Tout lui paraîtra digne d'intérêt. Et il soignera tous les détails de son travail.


Mais pour cela, il faut que l'auteur se sente un peu libre de s'exprimer. De ne pas s'auto-censurer. Qu'il ne se dise pas automatiquement « Il faut que je traite de la mort. », « Merde, j'ai oublié de glisser une allusion au conflit israëlo-palestinien, ça va pas faire sérieux. », « Que va devenir le monde si je n'exprime pas mes opinions sur l'élevage des escargots ? ».

ET, DONC, LA FUCK YOU ATTITUDE.

Qui fait que, moi aussi, je trouve ça « très très bien d'aller dans le pas noble. Justement, c'est pas que noble. C'est des fois vraiment vraiment vraiment bête, mais très très bête, très très long pour arriver à un truc très crétin, avec beaucoup de fatigue pour y arriver. »


Le fun, le « je fais bien ce que je veux, t'es pas ma mère », le « parlons de tout et de n'importe quoi, parlons de ce dont on a envie de la manière dont on en a envie » permet de ne pas se prendre le chou et d'y aller carrément, sans filet, pour s'amuser justement, sans barrière, pour que les auteurs se lâche et restituent leur personnalités au mieux dans leurs oeuvres.

ET, DE FAIT, C'EST CE QU'IL SE PASSE.

On essaye de faire un gag avec un jeu de mot pourri et on signe une espèce de brûlot libertaire juste pour arriver à ce jeu de mot. Parce qu'on a lâché les chevaux sans trop y penser.

Alors, ensuite, comme le résultat est bon. On lâche derechef les chevaux...

Un livre à la sexualité débridée. (On notera la subtilité de la couverture.)


Un livre à la psychanalyse débridée. (On notera la Jungité de la couverture.)

Deux exemples très précis de ce que peuvent donner les auteurs quand ils lâchent les chevaux.
(Vous êtes bien avancés, vous les avez pas lus, me direz-vous. Zut, répliquerai-je.)

BREF, IL FAUT SAVOIR SE LAISSER ALLER. GRÂCE, A CAUSE ET POUR LE FUN.


4 commentaires:

  1. Là où tu mets vraiment le doigt sur le principe de cette BD c'est que les auteurs trouvent un jeu de mot pourrave et font des planches uniquement pour l'utiliser ! Si c'est pas être un coquinou, je ne sais pas ce que c'est !

    La newsletter avec ton interview est publiée sur mon blog. Comme tu ne reçois pas forcément mes mails, je préfère te prévenir ici aussi !

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    1. Oui, le jeu de mot est uniquement là pour se donner l'envie de faire deux planches de bande dessinée. "Ça ou autre chose, ce n'est qu'un prétexte pour s'amuser après tout." Et donc, ensuite, sur deux pages, ils s'amusent.

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  2. Tiens, quelqu'un a mis le documentaire sur Goscinny sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=TA7p7FGXr-k

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    1. C'est un peu mon documentaire préféré de toute ma vie. J'ai déjà du le voir 20673 fois. A voir, et pas seulement pour le côté informatif de la chose.

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